
Plaidoyer pour oser la thérapie

Patrick Derumier
Gestalt Praticien · Migné-Auxances
À ceux qui portent un poids invisible
Je vous écris ces mots comme on glisse une lettre sous une porte derrière laquelle on devine une présence silencieuse. Je ne vous connais pas, et pourtant je sais que vous lisez peut-être ces lignes un soir où quelque chose en vous n'en peut plus de faire semblant.
Ce poids que vous portez, celui que vous n'arrivez pas à nommer, cette fatigue qui n'est pas celle du corps, cette tristesse qui semble venir d'avant même vos souvenirs, ce sentiment de ne pas être à votre place dans votre propre vie. Vous avez appris à vivre avec, à faire avec, à sourire quand il faut, à dire « ça va » sans y penser. À tel point que vous finissez par croire que c'est normal, que c'est juste la vie, comme pour tout le monde, et que vous vous plaignez peut-être pour rien.
Ce que je voudrais vous dire, c'est que cette voix qui vous souffle que quelque chose ne va pas, cette petite insatisfaction qui ne vous lâche pas, cette colère qui monte sans raison apparente ou cette apathie qui éteint tout, elle n'est pas votre ennemie. Elle est un signal. Une lumière rouge sur le tableau de bord de votre être. Elle dit « il y a quelque chose ici qui demande à être écouté ».
Nous avons tous appris à notre manière à nous couper de nous-mêmes pour survivre. Nous avons appris à ne pas sentir ce qui est trop fort, à ne pas demander ce qui est trop risqué, à ne pas exprimer ce qui dérange. Ces adaptations, elles ont été utiles un jour. Elles vous ont peut-être protégé. Mais elles sont devenues des murs, et aujourd'hui vous habitez derrière eux sans même savoir qu'il y a un dehors.
Consulter un thérapeute, ce n'est pas aller chez quelqu'un qui va vous réparer parce que vous seriez cassé. Ce n'est pas un médecin pour une âme malade. C'est oser un espace, un vrai, où vous n'avez pas à être intéressant, pas à être drôle, pas à être fort, pas à être aimable. Un sanctuaire où ce que vous ressentez devient une matière à explorer, et non plus un problème à régler.
Entre vous et le thérapeute, il se crée quelque chose. Une présence. Une écoute qui ne juge pas, qui n'attend pas son tour pour parler, qui ne vous renvoie pas votre propre histoire comme un miroir déformant. Quelqu'un qui est là, vraiment là, pour vous aider à regarder ce qui est en figure pour vous aujourd'hui, maintenant, dans cet instant.
Il n'y a pas de bonne manière de venir en thérapie. Vous pouvez arriver en colère, perdu, vide, en pleurs, sceptique, ou même en vous disant que ça ne sert à rien. Tout cela est la bienvenue. Tout cela est le matériau, la matière première de votre propre transformation. Le travail ne consiste pas à devenir quelqu'un d'autre, mais ôter ce qui vous empêche d'être pleinement vous-même...comme on dégage les branches qui obstruent une source pour que l'eau puisse à nouveau couler.
Je ne vais pas vous promettre un monde parfait. Les difficultés ne disparaîtront pas comme par magie. Mais peut-être, juste peut-être, découvrirez-vous que vous avez le choix. Que vous n'êtes pas entièrement déterminé par votre histoire, vos peurs, vos croyances. Que là, dans le présent, une petite marge de liberté existe, et qu'elle s'agrandit à mesure que vous osez la regarder.
Si ces mots résonnent en vous quelque part, si une petite voix intérieure dit « et si… », écoutez-la. Elle est la pulsion de vie qui cherche à passer. Elle est votre propre nature qui demande à être respectée, écoutée, accompagnée.
Le premier pas n'est pas de guérir. Le premier pas est d'oser dire « je ne vais pas bien et j'ai le droit de ne pas aller bien ». Le reste viendra. À votre rythme. Comme les saisons.
Prenez soin de vous.